Mercredi 13 mai 2026, les membres de la commission des affaires économiques du Sénat ont auditionné Emmanuelle Wargon, Présidente de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE).
À cette occasion et dans le prolongement des travaux de la commission d’enquête sur les prix de l’électricité qu’il a présidée, le sénateur Franck Montaugé a interrogé Madame Wargon sur les modalités de mise en œuvre du futur versement nucléaire universel (VNU), sur le rôle de la CRE dans le cadre des contrats pour différence liés au nouveau nucléaire, ainsi que sur les perspectives d’évolution du TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics de l’Electricité) et la répartition de son financement entre consommateurs, contribuables et État.
« Je voudrais tout d’abord vous remercier, ainsi que vos équipes, pour le travail que vous accomplissez dans le cadre de la mission qui vous a été confiée. Lorsqu’on s’intéresse de près à ces sujets – et c’est mon cas – il y a toujours matière à approfondir la compréhension des mécanismes en jeu.
J’ai trois questions.
La première concerne le versement nucléaire universel (VNU), appelé à succéder au dispositif de l’ARENH. Sur quels aspects, potentiellement sensibles, la CRE exercera-t-elle sa mission de contrôle ? Je pense notamment aux seuils de déclenchement, aux mécanismes d’écrêtement ou, plus largement, aux différents paramètres inhérents à ce dispositif.
Ma deuxième question porte sur l’asymétrie entre les « contrats pour différence » (CFD) applicables à la production des EPR2 et les prix marginaux du parc nucléaire historique. Comment les différentes hypothèses de coût de production du nouveau nucléaire sont-elles anticipées en termes d’impact sur la facture des consommateurs ? La CRE sera-t-elle amenée à se prononcer, en particulier, sur les seuils retenus dans le cadre de ces CFD ?
Enfin, un dernier sujet, déjà évoqué au cours de cette audition : vous avez indiqué que l’évolution du tarif d’utilisation du réseau public d’électricité (TURPE), liée aux investissements importants dans les réseaux, devrait être de l’ordre de l’inflation majorée d’un point. Intuitivement, cela me paraît relativement limité au regard des besoins annoncés. Je m’interroge également sur les perspectives d’évolution de l’inflation dans le contexte international actuel. Ce mécanisme sera-t-il suffisant pour absorber ces investissements ?
Ma question principale porte toutefois sur la répartition de cette charge : dans l’hypothèse d’une hausse importante du TURPE, comment le coût sera-t-il partagé entre le consommateur, le contribuable et l’État actionnaire ? Considère-t-on que le consommateur devra absorber l’essentiel de cette hausse, quelles que soient les évolutions de l’inflation et des coûts ? Ou bien envisage-t-on – ou pourrait-on envisager – d’autres mécanismes de répartition permettant de limiter l’impact pour les particuliers comme pour les entreprises industrielles ? »
En réponse, Madame Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE a indiqué :
« Sur le VNU, bien sûr, nous avons déjà commencé à travailler. Nous réalisons tous les calculs de base, à commencer par celui du coût de production du nucléaire, que nous avons établi l’an dernier, ainsi que celui du prix moyen de vente de l’électricité nucléaire par EDF chaque année. C’est à partir de ce prix de vente que l’on détermine si les seuils prévus par le VNU sont atteints ou non.
Nous effectuons ces calculs plusieurs fois par an et, pour l’instant, nous sommes très loin des seuils, puisque les prix restent globalement bas. Si ces seuils venaient à être dépassés, nous proposerions alors un montant de VNU tenant compte du fait que le prix de vente d’EDF est supérieur au seuil fixé. Ce montant serait ensuite reversé aux consommateurs, de manière identifiable sur leur facture, par l’intermédiaire des fournisseurs. Nous nous préparons donc à rendre ce mécanisme opérationnel mais, à ce stade, les prix de vente d’EDF demeurent très inférieurs aux seuils envisagés. »
Concernant le nouveau nucléaire, elle a précisé :
« Nous sommes, pour l’instant, relativement peu concernés par le mécanisme des contrats pour différence. Le prix de soutien a été fixé par le Gouvernement et fait actuellement l’objet de discussions avec Bruxelles. Nous aurons surtout un rôle technique dans une phase ultérieure, lorsque les nouveaux réacteurs entreront effectivement en fonctionnement. »
Enfin, au sujet du TURPE, elle a expliqué :
« Lorsque nous retenons l’hypothèse “inflation + 1 %”, nous considérons que les charges normales d’exploitation d’un opérateur ont naturellement vocation à évoluer au rythme de l’inflation, qu’il s’agisse de la masse salariale ou des dépenses courantes. Le point supplémentaire correspond à l’effort d’investissement nécessaire dans les réseaux. Cela ne préjuge pas du niveau futur de l’inflation, sur lequel il est difficile de formuler des hypothèses à moyen ou long terme.
À ce stade, il nous semble que cette évolution peut encore être absorbée dans le cadre tarifaire actuel, sans remise en cause majeure du système.
Par ailleurs, il faut distinguer le financement des réseaux de celui des énergies renouvelables. Les réseaux sont financés directement par les consommateurs à travers le TURPE, tandis que le soutien aux énergies renouvelables relève du budget de l’État et est donc financé par le contribuable. Bien entendu, dans les faits, les Français sont à la fois consommateurs et contribuables, mais, du point de vue des politiques publiques, il s’agit bien de deux mécanismes distincts.
Avant 2015, le soutien aux énergies renouvelables reposait sur une taxe affectée, la CSPE, directement acquittée par les consommateurs. Le choix a ensuite été fait d’intégrer ce financement au budget général de l’État, à l’exception du mécanisme de péréquation en faveur des outre-mer, qui demeure financé par une taxe affectée. »

